Le Mexicain Jaune

Blog de littérature

Atelier d’écriture Bricabook #272


Dans les années 90, je trafiquais avec le milieu espagnol. Je passais la frontière vers Saint-Jean-de-Luz, le coffre rempli de matériels de contre-espionnage illicites. Afin de limiter les risques, je louais toujours une petite voiture au look innocent (Fiat 500, coccinelle, etc) et quelques kilomètres avant, je m’arrangeais à toujours prendre des auto-stoppeurs pour simuler une sortie à la plage entre potes ou un bête couple. En général, ça se passait bien. A l’inévitable question  « vous allez faire quoi en Espagne ? » (c’est fou ce que les gens sont curieux quand même), je répondais « je suis commercial en langue de boeuf » – ce qui avait l’avantage de n’intéresser personne et de stopper la conversation immédiatement.
Mais pas cette fois-ci.
Je m’étais arrêté pour prendre une jolie rousse en tailleur vert pomme.
Je lui ressortai mon bla-bla. Son visage s’éclaira « ça alors, moi aussi ! pour quelle maison travaillez-vous ?  »
Je dus faire une drôle de tête. Toujours est-il qu’elle comprit rapidement. « Oh jolie couverture ! Mais venant de votre part, je n’en n’attendais pas moins… ».

L’interieur blanc d’une voiture c’est bien mignon. Mais pour nettoyer le sang je ne vous raconte pas. J’ai du frotter des heures. Depuis, je veille toujours à prendre un intérieur sombre.

(c) Le Mexicain Jaune, 2017. (c) Leiloona pour L’atelier Bricabook

Atelier d’écriture bricabook #270


Chère Nadine,

Vous qui souhaitez comprendre K, cette photo est parfaite.
J’aurais préféré une illustration d’une Nocturnae – ces femmes qui aspirent l’énergie vitale des autres dans le Satiricon de Pétrone – mais une éponge illustrera finalement tout aussi bien mon propos.
Sachez que K ne connait pas de demi-mesure : quand elle aime un homme, elle l’aime de tout son corps, de toute son âme, comme si chacune de ses cellules étaient animées d’une même passion fusionnelle.
Chez d’autres, j’avais observé une forme de mimétisme animal visant à reproduire les habitudes du conjoint.
Avec K, c’était beaucoup plus profond qu’une simple caméléonade.
Elle s’appropriait son vocabulaire, son univers, se mettait à apprendre les coutumes de sa région, lisait ses livres préférés, se formait aux mêmes sports que lui, changeait son régime alimentaire, apprenait à jouer aux jeux vidéos, montait aux arbres, devenait espionne, danseuse ou religieuse et modifiait jusqu’à son style d’écriture pour l’imiter. Elle s’imbibait de l’amant pour l’absorber, comme ces mantes religieuses qui se nourrissent du mâle pour mieux enfanter. L’amour par ingestion. K se construisait ainsi.
Chaque homme de sa vie, comme une pièce de puzzle, un greffon amoureux à jamais intégré. Cette somme d’hommes sont son opium, son rhum, son demeterium, ses pensums qui consomment le radium qu’elle irradie.
Des fois, quand j’ai la chance de dormir à ses côtés,  je me plais à la regarder.
Alors, quand son visage est pur et vierge de toute mâle influence, je réalise vraiment que K est une déesse thaumaturgique aux mille visages de ses anciens amants.

(c) le mexicain jaune, 2017. (c) Leiloona pour l’atelier Bricabook

Atelier d’écriture Bricabook #269

Ma chère K,
Ici, nous avons accès à internet que dix minutes par jour. Ce n’est pas beaucoup, pour t’écrire et pour prendre des nouvelles du monde. Tous les matins, nous guettons l’apparition du petit prince, qui nous connectera.
Tu veux savoir qui est le petit prince ?
Oh, rassure-toi, je ne suis pas (encore) dans une prison, et le petit prince n’est pas le surnom d’un maton. Je suis, avec quelques camarades, caché dans le désert du Mexique à l’abri des regards indiscrets d’interpol à propos de l’affaire que tu sais.
Le petit prince est le nom donné au satellite de communication que nous utilisons. C’est un vieil appareil américain, capturé par un groupe de cyber-terroristes à la fin des années 90 et pour lequel le gouvernement de Clinton n’a jamais payé de rançon. Du coup, il est passé de mains en mains, jusqu’à ce que son obsolescence technologique nous permette de l’acquérir. Je l’appelle ainsi car c’est lui qui nous connecte au monde, qui nous permet de parler à nos amis… et puis aussi parce que nous l’attendons patiemment toute la journée, tel l’aviateur qui a soif et marche lentement vers la fontaine.
Mes camarades, pistoleros abrutis par leurs cigares thébaïnés, n’ont pas compris la référence. Notre monde est une forêt de symboles mais eux y passent sans rien remarquer. C’est tout juste s’ils ne me demandent pas où sont les arbres de cette forêt…
Tu vois K, parmi les formes de solitude qui m’accablent dans ce désert, la solitude intellectuelle est vraiment celle que je supporte le moins.
Quand nous étions ensembles, j’aimais notre complicité.

 

Atelier d’écriture Bricabook #267

K adorait les hommes aux mille vies. Du genre de ceux qui ont bourlingué aux quatre coins de la planète et qui vous raconte le monde, le soir, autour d’une table gionesque, où seule la lueur d’une pipe éclaire le visage buriné du narrateur.
Giorgio était un de ceux-là.
Il était beaucoup plus âgé que K. Je crois que – ça aussi- lui plaisait beaucoup. Il se mit à nous raconter ses aventures de chercheur d’or en Colombie, ses intrigues amoureuses au royaume de Norvège et son périple improbable dans le transibérien. K était tout à lui.
Devant chaque narrateur, elle redevenait petite fille et écoutait ces figures paternelles religieusement. Enfin. A supposer que les religieuses écoutent les histoires en nuisette sur les genoux d’un homme.
Moi j’étais en général assis dans un coin, je préférais le rocking-chair, et j’écoutais dans les vapeurs alcoolisées d’une fin de soirée les délires mégalomane de cet ancien photographe.
Quand minuit sonna, Giorgio souleva son vieux corps et lâcha « ça suffit. La suite demain ». K le supplia d’en raconter une dernière mais l’homme fit mine de partir. K me jeta un oeil interrogateur et minauda  :
– Tu ne veux pas rester dormir ici ? il est tard.
Puis elle se tourna vers moi.
– Chéri, tu peux prendre le canapé ce soir ?
Giorgio ne me regarda pas. Il enleva ses bottes et s’enferma avec K dans notre chambre.
Moi, je passai du rocking-chair au canapé.
J’attendis une bonne demi-heure que les gloussements de ces deux-là ne s’apaisent. Certains étaient plus endurants que d’autres, mais l’âge est un cruel frein aux nuits blanches. Quand j’entendis les ronflements de Giorgio, je rentrai dans la chambre.
Avec un couteau à désosser je lui tranchai délicatement la carotide, histoire de faire les choses proprement. Enfin. Façon de parler. A chaque fois le sang inondait les draps et K se sauvait d’un bond en rigolant.
Je ne sais même pas pourquoi nous faisions ça.
Sans doute pour nous aussi, plus tard, avoir des choses extraordinaires à raconter…

(c) Le mexicain jaune pour le texte, (c) Bricabook pour l’atelier

Atelier BricaBook #261

talons-aiguilles

Je suis très déçu que Leil ait raconté la véritable histoire de K aux sept gardiens du secret ce dimanche.

Je les imagine dans cette longière, assis dans des fauteuils dépareillés, devant une vieille cheminée barricadée et abreuvés de café mendié à mon amie, l’étrange logeuse des lieux. Tous regardent les trois statues sans savoir vraiment que la quatrième, la plus importante, celle que Leil a pudiquement oubliée, à été écrasée d’un coup de talon aiguille, un soir de printemps, par K, furieuse de mon inconstance et de mes errements.

Si j’avais été là avec vous ce dimanche, ô terribles porteurs d’un secret sacré, j’aurai regardé ma mini-K dans sa jolie tenue de lionne et lui aurait intimé de se taire d’un regard. Il y a des Savoirs qui embarrassent. On ne touche pas impunément à la pomme-grenade sans accepter les règles du jeu.

C, L, P, V, M, N, I, que votre langue soit muette. J’ai plus de pouvoir avec un seul hochement de tête que les mille turquettes qui hantent vos nuits.

Atelier Bricabook #258


Après des années de traque, j’ai enfin retrouvé Horst, au fond de la forêt noire, dans sa maison blanche.
Il avait drôlement vieilli. Ses traits tirés étaient ceux d’un vieillard. Il mit quelques instants à me reconnaître. Foin de politesse.
– Qu’as tu dit à K ce jour-là ? Pour qu’elle prenne peur au point d’abandonner sa maison et sa famille ?
Il secoua la tête doucement.
– Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de plus rien. Je suis bien vieux maintenant.
Trop facile. Je sortis mon P38. Il le regarda effaré, son menton se mit à trembler. Il me montra les photos au mur et bégaya.
– Tu vois ces dizaines de jeunes filles ? Il parait que je les ai toutes aimées. Pourtant je ne m’en souviens plus. Le vide. Le noir absolu. Mon passé se résume à ce que j’ai mangé ce midi…
Je ne comprends rien à la psychologie des femmes. Par contre, je sais dire quand un homme ment. Là, il avait l’air sincère. Il avait l’air aussi désemparé qu’un petit enfant. Se pourrait-il que ce boucher, avec la sénilité, ait retrouvé l’innocence de l’enfance ?
C’est ce que nous allions voir. Je lui tendis mon pistolet.
– Ecoute-moi, Horst. Je vais te raconter ce que tu as fait vraiment à toutes ces jeunes filles…
Quand j’eus fini, il était aussi livide que le mur. Une larme cherchait un chemin dans les crevasses de ses rides. Il regarda l’arme, enfonça le canon dans sa bouche comme si c’était un gros cigare.
Je le laissai seul. Devant la porte, j’entendis la détonation. Des centaines de petits drapeaux japonais vinrent égayer le mur blanc.
Plus que deux et L, ma mini-K serait tout à fait vengée.

(c) Le Mexicain jaune 2017. Photo (c) Fred Hedin

Atelier Bricabook #257 (The K’s Truth)


Anselme parle
 :
Pardonne-moi, Leil, parce que j’ai pêché. Quand j’ai compris que mon amour pour toi était omniprésent, comme un gaz noble qui prend tout le volume et chasse mon oxygène, j’ai pris peur.
Car chaque particule, chaque chose, chaque personne était rempli de toi et la jalousie a commencé à enfler comme une vilaine boursouflure. La jalousie, c’est un papillon qui redevient chenille. C’est le sacrifice de l’amour sur l’autel de l’exclusivité. Comment pouvais-je supporter que tes yeux voient d’autres yeux, que ta main touche d’autres mains et que tes oreilles entendent d’autres voix ?
Oui, tu as raison, j’étais jaloux du Mexicain Jaune mais depuis j’ai compris que sa vieillesse était mon alliée. Alors j’ai accepté ta proposition de me confesser avec lui. Je jette ici mon âme grise en pâture de tes lecteurs qui en feront du hachis. M’enfin, tout cela remonte à nos huit ans, au CE 2. Depuis j’ai grandi, connu d’autres femmes, et réussi à dompter ce dragon intérieur. Le Mexicain a quitté ton quartier pour ne réapparaître que 32 ans plus tard.
Finalement nous voici de nouveau tous les trois ensemble et ce confessionnal ressemble à cette cabane de mon jardin où nous nous étions embrassés pour la première fois.

Le Mexicain Jaune parle  :
Pardonne-moi Leil parce que j’ai pêché par manque de foi envers K.
C’était en 1984, tu avais 8 ans. K me l’avait chuchoté comme un secret interdit mais je ne l’ai pas crue. J’ai préféré voir la facilité, l’exil, et la lâcheté des hommes a été l’artisan de mon malheur. Je lui parlais de ce Lord anglais et elle me griffait de désespoir en retour.
J’aurais dû la croire.
Aujourd’hui, quand je te vois, Leil, je n’ai plus de doute. Tu as mon regard, ma bienveillance, et ce fil invisible qui nous lie est composé de mes gènes égoïstes. Pardon, Leil.

Leiloona parle :
Crever l’abcès, en extraire le liquide jaunâtre avant que la gangrène ne vienne. Quel meilleur endroit que la neutralité d’un confessionnal ? J’étais remplie de son silence.  Moi au centre, en thébaïde, mes bras christiques prêts à accueillir leur confession. Arrivés en même temps., l’un à gauche, l’autre à droite, comme les deux parties d’un même tout. Le temps de la révélation était arrivé.
Je les écoutai religieusement. Mes regards perdus dans les leurs. Mes lèvres au bord de l’abîme. J’étais ce pantin au fil coupé, mais tendu vers les deux hommes de ma vie. Avec Anselme, j’ai appris l’amour, le lâcher prise, l’émerveillement. Mais à 8 ans, peut-on aimer autrement ?
Devenu adulte, son retour sonna le glas de mon errance et de mes questions effrénées sur le monde et les hommes. Ancre de notre propre navire, nous voguâmes sur toutes les mers des plus radieuses aux plus occultes avec toujours cette même grâce et cette même pureté. Je retrouvai dans sa confession cette sincérité qui n’a jamais quitté l’âme de son regard.
En revanche, la révélation du Mexicain m’ébranla.
L’homme est-il enclin à se construire sur des mensonges et des erreurs ? « Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente », écrivait Camille Claudel. Combien de fois l’ai-je tambouriné sur ma poitrine meurtrie, hurlé face à la mer avec pour seul écho le ressac de l’écume ? Combien de fois mes larmes portaient-elles ce goût lourd de son absence ?
Quelques temps après mes 8 ans, ma mère disparut. Je n’eus de cesse de chercher cette autre moitié de moi jamais révélée. Ma mère était partie avec ses secrets, me laissant hagarde, assoiffée et fiévreuse. Je grandis en funambule sur une planche vermoulue, avec pour seules alliées des chimères d’histoires lues.
Mais, 32 ans d’errance et d’exil prirent fin un jour d’atelier. Le 25 octobre 2015. Un certain Mexicain jaune parlait d’une K duale « qui portait la vaine dichotomie du monde ». J’appris ce jour ce qu’était la théorie du chaos. Si les ailes d’un papillon peuvent provoquer un tsunami à l’autre bout du monde, qu’en est-il de l’encre noire d’une centaine de mots ? Percutée, ahurie, troublée, je n’osai croire en l’évidence. Et si ?
Aujourd’hui, mes yeux dans les leurs, après avoir connu la bassesse des hommes, j’entrevois leur limpidité et j’apprends ce qu’est la simplicité. Mes pas deviennent rémiges tournés vers mes deux Ka.

© Anselme, Le Mexicain jaune et Alexandra K, le 11 mars 2017

Atelier Bricabook #255

wang

Chère Alexandra,

Votre photo m’a douloureusement renvoyé à un tournant tragique de ma vie. Je vous dois quelques explications.
K n’a pas uniquement bouleversé ma vie sentimentale, elle a aussi lourdement impacté ma vie professionnelle.
C’était en 1973 : tout juste sorti de l’ENS, j’entrai au CEA pour travailler sur les simulations d’explosions nucléaires. C’était le tout début de l’informatique et nous étions très fiers de ces Wang 2200 sur lesquels tournaient déjà de complexes systèmes de résolution d’équations différentielles.
J’étais plus ou moins en couple avec K qui avait pour amant tarifé un certain Lord O., riche écossais qui venait de temps en temps sur Paris visiter la france et les françaises. Ce Lord s’était entiché de K au point de vouloir en faire une Lady. Aussi lui acheta-t-il quelques terres dans sa contrée.
Aussitôt, le service de contre-espionage me tomba dessus. Je ne pouvais vivre avec une personne ayant des accointances avec le Royaume-uni. Nous étions en pleine guerre froide et nous surveillions nos alliés d’encore plus près que les Russes.
Je fus donc remercié du CEA et dus trouver du boulot ailleurs.
Je partis au Mexique, un peu pour fuir, un peu pour l’aventure.
J’y restai quinze longues années dans lesquelles j’enchainai les boulots pas toujours légaux. A force de sordides fréquentations et de mauvais alcools, je contractai une vilaine maladie du foie qui me donna (et me donne toujours) un affreux teint jaune.
Voilà pourquoi, à mon retour en France, je fus surnommé le Mexicain Jaune par le milieu.

Je suis vieux désormais et ma triste figure jaune ne siérait pas à votre jeune et dynamique assemblée. Voilà pourquoi, chère Alexandra, je refuse votre invitation répétée à participer à votre atelier d’écriture du 1er avril.
Certes j’aurais eu bien des choses à raconter. Mais je suis fatigué et préfère désormais m’assoir sur mon rocking-chair et observer la ronde du monde.

(c) Le Mexician Jaune pour le texte, (c) Fred Hedin pour la photo

Atelier d’écriture Bricabook #253

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(c) Julien Ribot

Nous regardions cet homme nourrir le cygne. K écarta sa tête de mon épaule et me dit.
– Peu de gens savent que la beauté était dans la boite de Pandore.
Cette phrase m’étonna. Elle s’expliqua.
– La beauté est une putain qui trompe les hommes. Le cygne est un animal mauvais. En terme d’agressivité, il est classé juste derrière la hyène et bien loin devant le loup. Pourtant, les enfants l’adorent et il est dans tous les contes.
– Mais il est beau.
– Exact. Alors on lui pardonne.
Je me tournais vers elle.
– Mais pourtant, toi, K, tu es belle…
Elle ne me répondit pas mais je vis dans son regard cette infinie mélancolie. Elle vivait avec cette dualité maléfique depuis son adolescence. Elle fit un petit sourire comme pour s’excuser et je compris ce jour-là une partie de K.
Celle qui rend la mort d’Ophélie si belle.
Celle qui veut, que, dans la vallée ou sur l’onde noire, le lys flottera toujours avec autant de grâce.
(c) Le Mexicain jaune, 2017. (c) Bricabook pour l’atelier. 

Atelier Bricabook #251

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Lorsque j’appris que Mlle K entretenait une relation avec A, mon sang ne fit qu’un tour. Je me précipitai vers l’arbre aux souhaits et l’ inondai de notes vengeresses. « Que des corbeaux viennent picorer les yeux de A », « Que A succombe sous le poids de millions de criquets subsahariens », « Que la peste bubonique le transforme en souche calcinée ».
Tandis que je ponctuai mes écrits de petits cris jubilatoires, une vieille dame m’interrompit.
– Que faites-vous jeune homme ?
Je lui expliquai  pourquoi A méritait tant de vilenies.
Elle fit une moue yodienne et me demanda.
– Quand un voisin fait trop de bruit, que faites-vous ?
– Je vais me plaindre à lui.
Elle secoua sa maigre tête.
– Si j’étais vous, je lui apprendrais plutôt à aimer le silence.
Son conseil plein de sagesse me laissa sans voix.
Un homme plus avisé que moi aurait compris le message : plutôt que de pester contre A, il fallait reconquérir le coeur de K et lui apprendre à m’aimer.
Certes. Mais moi j’ai préféré apprendre à aimer l’abstinence.

(c) Le mexicain jaune 2017 (c) Bricabook pour l’atelier (c) Anselme pour la photo