Atelier d’écriture Bricabook #193

par lemexicainjaune

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On ressemble tous à la photo que l’on aime.
La préférée de K représente la ligne de partage des eaux entre la mer et une piscine. C’est une belle photo en noir et blanc prise à Dinard il y a quelques années. Je sais qu’on y voit un de ses anciens amants : cela ne l’a pas empêché de l’afficher dans notre chambre à coucher. C’est sa façon à elle de me rappeler qu’elle ne m’appartient pas. Que je n’ai aucun droit sur son passé ni sur son futur. Je n’ai droit de l’aimer qu’au présent, cette fine ligne de partage du temps.
K est une femme libre qui flotte au milieu d’ombres masculines. Je la crois profondément duale. Comme sur la photo où l’eau de mer côtoie l’eau douce, elle oscille entre modernité et anciens. Elle lit le grec, le latin et le sanskrit mais truffe ses écrits de « mouarfs », onomatopée de bandes dessinées. Elle passe d’un amour fusionnel ponctué de SMS enflammés à une indifférence quasi-monacale. Elle est alternativement mon jour et ma nuit. Le noir et blanc lui va si bien. Elle porte en elle la vaine dichotomie de ce monde.

J’ai compris le mystère de K la nuit dernière, après qu’elle m’ait fait don d’une nuit d’amour. Libéré de ma fougue amoureuse, j’ai posé ma tête sur son sein droit. Bercé par une douce béatitude, j’ai écouté les battements irréguliers de sa poitrine. C’est là que j’ai compris que cette femme avait deux coeurs. Un qui garde les stigmates d’anciennes blessures et qui pleure des larmes de sel. L’autre remplit de bienveillance d’où perle de la rosée d’eau douce.

Ainsi est faite K.

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