Atelier d’écriture Bricabook #194

par lemexicainjaune

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On dit que les yeux sont la fenêtre de l’âme.

Si cela est vrai, je comprends mieux pourquoi les amoureux ferment les yeux en s’embrassant. De peur que l’autre n’y détecte les basses pulsions, les intérêts calculateurs, la noirceur de l’être aimé. On baisse pudiquement le voile pour mieux apprécier la volupté instantanée. Ne pas s’encombrer des défauts de l’autre – le monde est déjà bien compliqué sans cela.

Je comprends mieux pourquoi l’on ferme les yeux en dormant. Pour cacher les tréfonds de son âme mis à nu par des rêves freudien : là où l’on parle de crimes, d’adultères et où remontent les conflits œdipiens les plus enfouis. Il faut cacher tout cela à la personne allongée à vos côtés et qui pourrait surprendre par inadvertance toute cette puanteur.

Je comprends mieux pourquoi je baisse les yeux devant une jolie femme. De peur que toute ma folle mélancolie ne lui explose au visage.

Je comprends mieux pourquoi je ferme les yeux à ce qui se passe derrière moi : K et son nouvel amant allongés dans l’herbe. Sans m’apercevoir, ils viennent de s’installer là, à deux mètres de mon banc. Tel un Dieu déchu, je ferme les yeux pour retenir ma vaine tristesse. Heureusement, eux aussi ferment les yeux.

Mais un jour K ouvrira les yeux et reviendra. Je suis celui qui attend et qui pardonne.
Je lui pardonne à chaque fois.

Texte pour l’atelier d’écriture Bricabook #194, (c) lemexicainjaune

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