Atelier d’écriture Bricabook #224

par lemexicainjaune

(c) Leiloona

(c) Leiloona

« L’espoir est la seule chose dans ce monde qui se donne ». M’avait dit mon père en me confiant ses quatre vieilles valises. « Ne les ouvre jamais », avait-il murmuré avant de rejoindre K sous le cimetière d’Autun.
Je me suis souvent demandé ce qu’elles contenaient. Elles étaient légères, avec  comme un balourd qui roulait dans un bruit de vase cassé quand on les déplaçait. « cling, cling » le bruit de choses qui s’entrechoquent.

À sa mort, je me suis aperçu que je ne connaissais peu la vie de mon père. Il est toujours trop tard pour faire ce genre de constat. J’aurai voulu interroger ses quatre ex-femmes, mais elles avaient toutes mystérieusement disparu un jour ou l’autre. Et puis, un soir d’octobre, est arrivée K, une amie d’enfance qu’il avait croisé et perdu plusieurs fois dans sa longue vie. Il a ouvert la porte et elle a dit, sereine : « Ça y est. J’ai fini mon voyage. Je pose mes valises » et elle est rentrée.  Au sens propre et au sens figuré, il y avait désormais trop de valises chez lui, car mon père me confia, dès le lendemain, les quatre vieilles qui sont toujours dans mon cagibi, au milieu d’autres vieilleries récupérées à sa mort.

Je crois que j’ai peur de les ouvrir.

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