Atelier Bricabook #235

par lemexicainjaune

vincent-hequet-photographe

C’était en 1998. J’entretenais depuis quelques mois une relation compliquée avec C, une rousse mariée, quand K m’appela. Je ne l’avais plus vu depuis cinq ans. Inutile de dire que j’accouru.
Elle m’avait juste donné l’adresse d’un hôtel de charme vers Rambouillet.
Trente minutes plus tard, je frappais à sa porte. K m’ouvrit et mit son index sur ma bouche pour que je garde le silence. Il faisait déjà nuit et la chambre était dans l’obscurité. K était entierement nue et me conduit immédiatement vers le grand lit. Nous passâmes la nuit à nous aimer. Sans un mot. Comme à la grande époque.
Au petit matin, les policiers me réveillèrent. K était manifestement partie et, allongé à côté de moi, se tenait un gros monsieur nu à la gorge coupée. Le sang imbibait une grande partie des draps ainsi que tout le côté droit de mon corps. L’inspecteur m’appris que la chambre avait été réservé à mon nom. Je repartis menotté.
Je me dis que si K avait assassiné cet homme, c’est qu’il le méritait. Bien évidemment, je ne la dénonçai pas.
J’avais découpé dans le journal, la photo de la chambre prise au petit matin. Grâce à elle, je passais dix gaies années à Fleury-Merogis à me souvenir de cette nuit d’amour.

Puis, un soir je fus libéré.
K fut très gentille avec moi. Elle me logea chez elle quelques mois, le temps que je me retourne.
Je dormais sur un vieux canapé dans le salon. Régulièrement, quand elle ramenait un de ses amants, j’entendais leurs rires et ses gémissements à travers le mur. Je mordais alors le drap pour m’empêcher de crier puis je repensais à cette nuit pour me calmer.

Un jour, elle me rappellera. Un jour, elle m’ouvrira la porte de sa chambre. Un jour elle m’accueillera encore une fois en elle.
Oh que la vie peut-être belle…

(c) Le mexicain jaune, 2016 pour le texte
(c) Leiloona pour l’atelier Bricabook
(c) Vincent Héquet pour la photo

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