Atelier Bricabook n°240

par lemexicainjaune

londres-700x525

L’expérience Shannon

Il y a quelques décennies de cela, toutes ces maisons semblables de Londres avaient la même couleur. A la nuit tombée, pour permettre à leur mari – passablement ivre à la sortie du pub – de retrouver leur maison, les femmes attendaient sur les perrons pour leur indiquer le droit chemin.
Mais dans les années 60, avec l’apparition des téléviseurs, les épouses prirent la fâcheuse habitude de rester à l’intérieur. Les maris, déboussolés par la ressemblance des foyers et par les quelques pintes ingurgités, se trompèrent mainte fois de maison, créant des situations cocasses et hautement délicates.
En 1962, le problème remonta à monsieur le maire qui demanda à un jeune fonctionnaire, fraichement diplômé du département de mathématique de Cambridge, de trouver une solution à cet épineux problème.
Shannon proposa alors de peindre les maisons de couleurs différentes. Hélas, il n’y avait que six teintes possibles. Il inventa alors un code assez simple. On commençait par deux maisons rouge, puis les 5 couleurs restantes. Puis deux maisons bleues, puis les 5 couleurs restantes et ainsi de suite. Il suffisait aux maris avinés de se souvenir qu’ils habitaient à la maison verte après le bleu-bleu.
C’était un bon système, assez simple mais malheureusement limité à 30 maisons.
Il améliora donc le principe en proposant une codification plus complexe.
Chaque séquence commençait par une maison d’une couleur entourée par deux maisons de couleurs identiques. Par exemple Jaune-rouge-jaune, puis les 4 couleurs restantes. Ou bien vert-bleu-vert, suivi de 4 couleurs restantes.
Ce système, théoriquement capable d’adresser des rues de 144 maisons, s’avéra bien trop compliqué à mémoriser pour des hommes imbibés de bière anglaise. Le « j’habite la maison rouge après le vert-jaune-vert » devenait rapidement « j’habite la maison rouge après le jaune-vert-jaune » puis « j’habite la maison rouge à côté de celle de mon pote Robert qui est bleu, ou verte… »
On raconte que la nuit du 28 février 1962, il fit -15° dehors et qu’au petit matin, on retrouva les corps inanimés de treize poivrots n’ayant pu retrouver à temps leur domicile.
Ce code de couleur fut abandonnée et Shannon fut muté au service de déclaration des importations de betteraves françaises.

(c) le Mexicain Jaune pour le texte
(c) Leiloona pour l’atelier bricabook

Publicités