Atelier Bricabook #258

par lemexicainjaune


Après des années de traque, j’ai enfin retrouvé Horst, au fond de la forêt noire, dans sa maison blanche.
Il avait drôlement vieilli. Ses traits tirés étaient ceux d’un vieillard. Il mit quelques instants à me reconnaître. Foin de politesse.
– Qu’as tu dit à K ce jour-là ? Pour qu’elle prenne peur au point d’abandonner sa maison et sa famille ?
Il secoua la tête doucement.
– Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de plus rien. Je suis bien vieux maintenant.
Trop facile. Je sortis mon P38. Il le regarda effaré, son menton se mit à trembler. Il me montra les photos au mur et bégaya.
– Tu vois ces dizaines de jeunes filles ? Il parait que je les ai toutes aimées. Pourtant je ne m’en souviens plus. Le vide. Le noir absolu. Mon passé se résume à ce que j’ai mangé ce midi…
Je ne comprends rien à la psychologie des femmes. Par contre, je sais dire quand un homme ment. Là, il avait l’air sincère. Il avait l’air aussi désemparé qu’un petit enfant. Se pourrait-il que ce boucher, avec la sénilité, ait retrouvé l’innocence de l’enfance ?
C’est ce que nous allions voir. Je lui tendis mon pistolet.
– Ecoute-moi, Horst. Je vais te raconter ce que tu as fait vraiment à toutes ces jeunes filles…
Quand j’eus fini, il était aussi livide que le mur. Une larme cherchait un chemin dans les crevasses de ses rides. Il regarda l’arme, enfonça le canon dans sa bouche comme si c’était un gros cigare.
Je le laissai seul. Devant la porte, j’entendis la détonation. Des centaines de petits drapeaux japonais vinrent égayer le mur blanc.
Plus que deux et L, ma mini-K serait tout à fait vengée.

(c) Le Mexicain jaune 2017. Photo (c) Fred Hedin

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