Atelier d’écriture Bricabook #269

par lemexicainjaune

Ma chère K,
Ici, nous avons accès à internet que dix minutes par jour. Ce n’est pas beaucoup, pour t’écrire et pour prendre des nouvelles du monde. Tous les matins, nous guettons l’apparition du petit prince, qui nous connectera.
Tu veux savoir qui est le petit prince ?
Oh, rassure-toi, je ne suis pas (encore) dans une prison, et le petit prince n’est pas le surnom d’un maton. Je suis, avec quelques camarades, caché dans le désert du Mexique à l’abri des regards indiscrets d’interpol à propos de l’affaire que tu sais.
Le petit prince est le nom donné au satellite de communication que nous utilisons. C’est un vieil appareil américain, capturé par un groupe de cyber-terroristes à la fin des années 90 et pour lequel le gouvernement de Clinton n’a jamais payé de rançon. Du coup, il est passé de mains en mains, jusqu’à ce que son obsolescence technologique nous permette de l’acquérir. Je l’appelle ainsi car c’est lui qui nous connecte au monde, qui nous permet de parler à nos amis… et puis aussi parce que nous l’attendons patiemment toute la journée, tel l’aviateur qui a soif et marche lentement vers la fontaine.
Mes camarades, pistoleros abrutis par leurs cigares thébaïnés, n’ont pas compris la référence. Notre monde est une forêt de symboles mais eux y passent sans rien remarquer. C’est tout juste s’ils ne me demandent pas où sont les arbres de cette forêt…
Tu vois K, parmi les formes de solitude qui m’accablent dans ce désert, la solitude intellectuelle est vraiment celle que je supporte le moins.
Quand nous étions ensembles, j’aimais notre complicité.

 

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