Atelier d’écriture bricabook #270

par lemexicainjaune


Chère Nadine,

Vous qui souhaitez comprendre K, cette photo est parfaite.
J’aurais préféré une illustration d’une Nocturnae – ces femmes qui aspirent l’énergie vitale des autres dans le Satiricon de Pétrone – mais une éponge illustrera finalement tout aussi bien mon propos.
Sachez que K ne connait pas de demi-mesure : quand elle aime un homme, elle l’aime de tout son corps, de toute son âme, comme si chacune de ses cellules étaient animées d’une même passion fusionnelle.
Chez d’autres, j’avais observé une forme de mimétisme animal visant à reproduire les habitudes du conjoint.
Avec K, c’était beaucoup plus profond qu’une simple caméléonade.
Elle s’appropriait son vocabulaire, son univers, se mettait à apprendre les coutumes de sa région, lisait ses livres préférés, se formait aux mêmes sports que lui, changeait son régime alimentaire, apprenait à jouer aux jeux vidéos, montait aux arbres, devenait espionne, danseuse ou religieuse et modifiait jusqu’à son style d’écriture pour l’imiter. Elle s’imbibait de l’amant pour l’absorber, comme ces mantes religieuses qui se nourrissent du mâle pour mieux enfanter. L’amour par ingestion. K se construisait ainsi.
Chaque homme de sa vie, comme une pièce de puzzle, un greffon amoureux à jamais intégré. Cette somme d’hommes sont son opium, son rhum, son demeterium, ses pensums qui consomment le radium qu’elle irradie.
Des fois, quand j’ai la chance de dormir à ses côtés,  je me plais à la regarder.
Alors, quand son visage est pur et vierge de toute mâle influence, je réalise vraiment que K est une déesse thaumaturgique aux mille visages de ses anciens amants.

(c) le mexicain jaune, 2017. (c) Leiloona pour l’atelier Bricabook

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